Envenimation par Trimeresurus

Introduction

Les Trimeresurus, et particulièrement le Trimeresurus albolabris est responsable de plus de 40% des cas de morsures (recensées) en Asie tandis que Viridovipera stejnegeri représente près de 70% des cas de morsures à Taïwan (Rojnuckarin, P., Chanthawibun, W., Noiphrom, J., Pakmanee, N., & Intragumtornchai, T. (2006), Cheng, C. L., Mao, Y. C., Liu, P. Y., Chiang, L. C., Liao, S. C., & Yang, C. C. (2017)). En effet, sa proximité avec les humains, souvent des cultivateurs de thé ou café augmentent les chances d’être mordus. À cela, vient s’ajouter le faible équipement, tel que les bottes ou les gants des travailleurs. Si l’espèce ne représente pas le plus grand danger du continent, il n’en reste pas moins qu’ils peuvent parfois provoquer de véritables problèmes de survie, notamment lorsque l’amputation est nécessaire, marquant souvent la fin de l’unique revenu familiale. Malgré tout, les Trimeresurus ne sont que très rarement, et à tort, considérés comme non dangereux pour l’homme. En effet, le nombre de décès par Trimeresurus albolabris et Trimeresurus venustus est proche de 0%. D’autres espèces, telles que Craspedocephalus trigonocephalus ne fait preuve d’aucun décès suite à une quelconque envenimation (Rathnayaka, R. N., Kularatne, S. A. M., & Ranathunga, P. E. A. N. (2017)). Bien entendu, ce pourcentage ne peut s’appliquer que dans le cas d’envenimations recensées et ne fait pas cas des victimes de morsure n’ayant eu accès, volontairement ou non, aux soins médicaux appropriés.

Composition

Les agents bactériologiques oraux, présents entre autres dans la salive, exogènes au venin, mais présents sur le site de la morsure, semblent être des facteurs mineurs aux infections, voir aux nécroses chez les espèces du complexe que chez d’autres espèces tels que les cobras (Naja) (Chen, C. M., Wu, K. G., Chen, C. J., & Wang, C. M. (2011), Liu, P. Y., Shi, Z. Y., Lin, C. F., Huang, J. A., Liu, J. W., Chan, K. W., & Tung, K. C. (2012)).

Symptômes et immunothérapies

Comme tous les viperidae, les Trimeresurus ont un venin principalement hémotoxique, parfois cytotoxique. Les symptômes sont génériques aux envenimations vipérines: douleur locale, gonflement, nécrose localisée dont la gravité peut varier en fonction de l’espèce, signes systémiques, troubles digestifs, léthargie, hémorragies digestives et hématurie.

Dans une étude datant de 1989, il a été constaté que sur 12 patients mordus par Popeia popeiorum, le tiers a été atteint de lymphangite.

La nécrose est dûe à la destruction des cellules, provoquée par les cytotoxines. Il n’est pas impossible que ces dernières évoluent en gangrènes nécessitant ainsi une amputation, mais ces cas extrêmes sont rares (Chan, T. Y. K., & Hung, L. K. (2010)).

Une étude effectuée dans un hôpital de la province de Guangxi, en chine, à révélé que les envenimations provoquées par Trimeresurus albolabris étaient significativement plus coûteuses mais également et surtout plus longues à soigner que les morsures provoquées par Viridovipera stejnegeri.

Des cas, rare, de femmes enceintes mordues par Viridovipera stejnegeri ont pu être soignées et ont vécu des accouchements normaux. Les suivis des enfants jusqu’à 10 ans n’ont démontré aucun problème de retard de développement (Chen, Y. C., Chen, M. H., Yang, C. C., Chen, Y. W., Wang, L. M., & Huang, C. I. (2007)).

Le foie est le principal organe utilisé naturellement dans la neutralisation des toxines animales par la production d’inhibiteurs de la coagulation. En ne pouvant pas resynthétiser correctement les facteurs de la coagulation (facteurs V, VII, IX, X et XI), ce dernier peut être « soutenu » par l’injection de sérum. Bien que cela ne soit pas toujours conseillé et sujet à débat dans le secteur médico-scientifique, le cas d’un patient atteint de cirrhose et mordu par Viridovipera stejnegeri à Taiwan a nécessité l’utilisation de sérum antivenimeux permettant ainsi un rétablissement précoce de la victime. L’observation de ce type de cas de 24h au centre de soin est amplement conseillé (Chien, C. Y., Liao, S. C., Liao, C. H., Huang, T. S., & Chen, Y. H. (2017)).

Il a été décelé que dans les extraits d’eau des plumes de Pavo cristatus (le paon bleu) il y a une molécule capable d’inhiber à plus de 80% l’activité enzymatique des PLA2 notamment chez Craspedocephalus malabaricus (Santos-Filho, N. A., Silveira, L. B., & Boldrini-França, J. (2017)).

Des extraits d'eau des plûmes de Pavot cristatus pour inhiber les PLA2 - Source: Chien, C. Y., Liao, S. C., Liao, C. H., Huang, T. S., & Chen, Y. H. (2017)
Des extraits d’eau des plûmes de Pavot cristatus pour inhiber les PLA2 – Source: Chien, C. Y., Liao, S. C., Liao, C. H., Huang, T. S., & Chen, Y. H. (2017)

L’anticorps IgY (immunoglobine Y) est présent chez les reptiles mais également chez les oiseaux. Il est très concentré dans le jaune d’oeuf. De ce fait, une étude réalisée en 2016 avec du venin de Trimeresurus albolabris a permis pour la première fois de mettre en avant la possibilité de réaliser des sérums à partir de jaunes de poulets, moins coûteuse et moins restrictive que la production traditionnelle à base d’anticorps de cheval, l’immunoglbine G, dit IgG (Duan, H. L., He, Q. Y., Zhou, B., Wang, W. W., Li, B., Zhang, Y. Z., … & Yu, X. D. (2016)).

Des études similaires aux paragraphes ci-dessus ont démontré que l’éthanol extrait de la plante Peristrophe bivalvis était un inhibiteur des composants cytotoxiques du venin de Trimeresurus albolabris (PHAOPONGTHAI, Jatuporn, NOIPHROM, Jureeporn, PHAOPONGTHAI, Supat, et al, 2016).

l'éthanole extrait de Peristrophe roxburghiana inhibe les effets cytologique de T. albolabris
L’éthanol extrait de Peristrophe roxburghiana inhibe les effets cytotoxique de T. albolabris – Source: PHAOPONGTHAI, Jatuporn, NOIPHROM, Jureeporn, PHAOPONGTHAI, Supat, et al, 2016

En 2013, une étude réalisée au département de médecine du « Medical College Hospital », à Chittagong (Bengladesh) a confirmé les résultats des pays voisins, à savoir, les victimes principales sont principalement les hommes et les enfants, coïncidant avec l’activité saisonnière de leur principale source de revenus: l’agriculture. L’étude ne déclare aucun décès mais affirme les effets anticoagulants et donc hémorragiques d’une morsure de Trimeresurus (Sarmin, S., Amin, M. R., Al-Mamun, H., Rahman, R., & Faiz, M. A. (2013)). À noter que cette étude fait également part d’un problème de santé majeur: l’absence de sérum pour le taxon, pourtant cité comme étant le cas de morsure le plus fréquent.

En 2017, 3 cas de morsures par Craspedocephalus trigonocephalus a pu démontrer qu’aucune nécrose n’apparaissait chez les victimes (humaines) mordues. Bien que dans un des cas, dû à une maladie pré-existante, la victime à subit une insuffisance rénale polyurique. Malgré tout, le venin des Craspedocephalus trigonocephalus semble moins actif que ceux, par exemple, des Trimeresurus albolabris sur l’homme (Rathnayaka, R. N., Kularatne, S. A. M., & Ranathunga, P. E. A. N. (2017)).

Une étude réalisée en 2014 par JYE, BOO BIING, et al. a démontré que la destruction des globules rouges (hémolyse) provoquée par le venin de Craspedocephalus puniceus était influencée par la concentration de venin injectée (JYE, BOO BIING, et al., 2014).

Des acides aminés présents dans le venin de Viridovipera stejneger ont démontré une action dépendante de la dose sur le virus VIH-1 (ZHANG, Yu-Jie, WANG, Jian-Hua, LEE, Wen-Hui, et al, 2003, MEENAKSHISUNDARAM, Ramachandran, SWENI, Shah, et THIRUMALAIKOLUNDUSUBRAMANIAN, Ponniah, 2009).

Le venin de Trimeresurus insularis, Trimeresurus purpureomaculatus, Parias hageni et Craspedocephalus puniceus, toutes des espèces que l’on peut trouver en Indonésie, sont neutralisés par le GPVAV (Thai Green Pit Viper Antivenom) entre autre grâce à sa capacité à neutraliser les effets procoagulants des venins. Ce sérum semble plus efficaces que l’équivalent Indonésien de la marque BioSave mais d’autres études cliniques doivent encore être établies (TAN, Choo Hock, LIEW, Jia Lee, TAN, Nget Hong, et al. 2017).

En 2017, GREENE, Spencer, GALDAMEZ, Laura Ann, et TOMASHESKI, Richard ont décrit la morsure d’un éleveur de 28 ans mordu par un Trimeresurus albolabris juvénile:

Le patient se plaignait d’une douleur et d’un gonflement importants qui avaient progressé dans toute sa main. Il a également éprouvé des nausées, des étourdissements, une légère dyspnée et une sensation de brûlure dans ses poumons. Après avoir discuté des risques et des avantages, nous avons choisi de traiter avec cinq flacons d’antivenin Green Pit Viper de la Croix-Rouge thaïlandaise. Le patient a également été traité avec des fluides intraveineux, des opioïdes par voie parentérale et de l’ondansétron. Il a reçu cinq flacons supplémentaires en raison de l’aggravation des valeurs de laboratoire hématologiques. Ses tests de laboratoire ont été normalisés et ses résultats locaux se sont considérablement améliorés. Il était asymptomatique à la sortie et lors de plusieurs visites de suivi.

Conclusion

L’envenimation par Trimeresurus « sensu lato » se soigne généralement bien notamment grâce aux antivenins polyvalents. Cependant, dans des cas comme la morsure d’un Craspedocephalus trigonocephalus où il n’existe aucun sérum, il est conseillé de ne pas utiliser un générique, sous peine de conséquence non désirée.

 

The venom of Trimeresurus insularis, Trimeresurus purpureomaculatus, Parias hageni and Craspedocephalus puniceus, all species that can be found in Indonesia, are neutralized by the GPVAV (Thai Green Pit Viper Antivenom) thanks to its ability to neutralize the procoagulant effects. venoms. This serum appears to be more effective than the Indonesian equivalent of the BioSave brand, but other clinical studies have yet to be established.

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